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Episode 86 - Depuis le drame survenu à Millas, les réseaux sociaux sont inondés de publications plus ou moins farfelues laissant croire que les passages à niveau français sont d'une extrême dangerosité. C'est une tromperie majeure, car c'est oublier que 98% des accidents survenus sur ces points sensibles sont dûs à l'imprudence ou aux infractions commises par les automobilistes.


Le drame de Millas, survenu le 14 décembre dernier, a coûté la vie à six jeunes et causé plusieurs blessés graves, dont probablement certains conserveront de lourdes séquelles. Comme tous les accidents collectifs, il suscite une couverture médiatique indécente, témoignant d'un manque flagrant d'éthique de la part des reporters qui subissent la pression de la part de leur rédacteur en chef, eux mêmes soumis au dictat d'actionnaires en quête d'audimat. Nous l'avons déjà vu lors des attentats de Paris en 2015, certaines chaines d'informations en continu n'ont pas hésité à retransmettre des directs au risque de mettre en péril nos forces de sécurité encore en intervention contre des terroristes.

Toutes les grandes catastrophes des transports ne sont que la résultante d'un enchaînement de mauvaises circonstances et sont rarement le fruit d'un seul comportement fautif. Comment donc certains reporters d'images ont-ils osé avancer des théories disfonctionnelles de l'appareil alors-même que les secours oeuvraient encore sur site pour désincarcérer les victimes ? Cette course permanente au sensationnel dictée par les taux d'audience, et donc les recettes publicitaires, n'est plus tolérable.

Bien que les récents déboires de la SNCF ces derniers mois engendrent légitimement un mécontentement commercial des clients de cette entreprise, ces mêmes usagers devraient se féliciter de ces "black-out" qui témoignent au contraire d'une sur-protection du voyageur.  Car notre entreprise nationale, bien que victime d'une gestion cahotique inhérente à une politique publique défaillante depuis trente ans, n'en reste pas moins un opérateur de transport particulièrement sûr. Depuis sa création en 1938 et même bien avant avec les réseaux privés d'alors, la sécurité a-t-elle toujours été la priorité.

passage à niveau Pont-saint-Esprit Source objectif Gard

Photo 405 : Passage à niveau de Pont-Saint-Esprit, image d'illustration. Source : Objectif Gard.

N'en déplaise aux râleurs et autres polémistes, le réseau ferré français a été et est toujours l'un des plus sûr du monde. Notre pays est depuis plus de 150 ans l'un des précurseurs en ce domaine. Nos ingénieurs ont concu des systèmes très protecteurs et nos agents d'éxécution ont toujours porté une attention particulière à leur mise en oeuvre. L'informatisation progressive des dispositifs n'est venue que renforcer la parfaite maîtrise des moyens humains. Au point parfois d'une sensation de "sur-protection".

Ainsi, sur notre réseau ferré national toute panne est anticipée et provoque l'arrêt du système. Un machiniste fait un malaise en cabine ? Le train s'arrête. Un conducteur n'obéit pas à un signal d'arrêt ou de ralentissement ? Le train s'arrête. Un feu de signalisation tombe en panne ? Il se met au rouge. Il n'y a plus d'électricité pour l'allumer ? Une batterie de secours se déclenche. La batterie tombe en panne ? Une pancarte informe le conducteur. Je pourrais citer d'innombrables exemples.

Et le passage à niveau alors me direz-vous ?

Il existe plus de 15 000 passages à niveau en France. La grande majorité est dite en "SAL 2", ce qui en clair signifie "Signal Automatique Lumineux à deux demies-barrières". Ils sont équipés :

- De feux lumineux rouges clignotants : Un feu au minimum par axe de voie accédante, parfois plusieurs. Ils se déclenchent 20 à 30 secondes avant le passage d'un train, calculé sur la vitesse maximum de la ligne. Raison pour laquelle le temps d'attente est parfois plus long, mais jamais plus court. Plus le train est lent, plus il faut attendre. Ces feux restent allumés tant que le train n'a pas quitté la zone protégée. Le signal lumineux allumé impose l'arrêt des véhicules automobiles, comme n'importe quel feu rouge.

- Un timbre sonore continu : Sa vocation première est d'alerter les piétons. La sonnerie se déclenche en même temps que les feux lumineux. Elle cesse sitôt les barrières baissées. En zone urbaine, le volume peut être réduit pour ne pas gêner excessivement les riverains.

- L'abaissement des demies-barrières débute quelques secondes après le clignotement des feux rouges, afin de laisser le temps aux vehicules engagés de se dégager.

L'ensemble de ces trois dispositifs se déclenche par une pédale ou plus souvent par circuit de voie actionné(e) par les convois ferroviaires. En cas d'avarie de la totalité des dispositifs, le passage a niveau se met automatiquement en fermeture.

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Photo 406 : Signalisation de passage à niveau. Source : Internet

En zone urbaine, on trouve aussi des "SAL 4". Les "SAL 4" sont identiques aux "SAL 2" par leur fonctionnement. On y trouve en plus deux demies-barrières supplémentaires afin de rendre le passage à niveau "étanche" aux piétons et autres cyclistes. Ce dispositif évite également les trop fréquents passages en force des automobilistes en chicane.

Toutes les barrières sont en plastique pour pouvoir être forcées en cas de danger pour un véhicule bloqué sur les voies.

Il est enfin utile de rappeler que tous ces passages à niveau font l'objet d'une pré-signalisation routière spécifique avec un panneau A7 ("danger passage à niveau") situé au minimum à 150 mètres du point de croisement et que des mirlitons rappellent ce point dangereux tous les 50 mètres.

Déresponsabilisation des automobilistes : Le véritable drame

C'est un mal typique de l'automobiliste français : Cest toujours de la faute de l' "autre", fût-il un arbre ou un banc de brouillard ! Avec l'aide complaisante d'associations - à la botte des lobbies automobiles et - subventionnées avec l'argent du contribuable.

Cinquante bagnoles se télescopent dans le brouillard, sitôt les médias et leurs pseudos-consultants accusent-ils la brume oubliant que si cinquante débiles se sont rentrés dedans, c'est avant tout parce qu'ils roulaient tous trop vite en l'absence de visibilité suffisante et sans respecter les distances de sécurité.

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Photo 407 : Carambolage. Image d'illustration. Source internet.

Un abruti se vautre dans un arbre tuant quatre personnes sur le coup pour qu'aussitôt la presse régionale dénonce la prolifération des arbres, occultant le fait que le type circulait à une vitesse excessive dans un virage sur une route détrempée par la pluie. Souvent complètement "bourré" ou "défoncé" !

Au lieu de photographier, téléphonez !

Tout mécanisme, tout automatisme peut, par nature, disfonctionner. Peut-être d'ailleurs les résultats d'enquêtes sur le drame de Millas pointeront-ils des dysfonctionnement de l'appareillage. Il est bien trop tôt pour se prononcer ! Les journalistes titulaires d'une carte de presse devraient bien faire preuve de décence - bien que cette approche leur soit totalement inconnue - en respectant le temps du deuil et les conclusions des investigations.

Oui ! Je m'insurge contre tous ces rapaces et leurs "consultants spécialisés" - et sans doute grassement rémunérés - qui se sont exprimés en "live", étalant leurs théories hypothétiques alors même que les secours s'acharnaient à extraire les victimes des carcasses. Comment des journalistes sérieux peuvent-ils sombrer dans une telle décrépitude médiatique quand on sait que de telles catastrophes nécessitent des mois d'enquêtes et des dizaines d'expertises. Souvenons-nous de la tragédie du Mont-Blanc (24/26 mars 1999, 39 morts), de la catastrophe de Flaujac (3 aoùt 1985, 35 morts et 120 blessés), ou de la collision en Gare de Lyon (27 juin 1988, 56 morts).

Depuis la catastrophe, de nombreuses photos circulent sur la toile mettant en avant des passages à niveau défectueux. Souvent mis en ligne par des internautes en mal de reconnaissance et de notoriété qui cherchent à faire "le buzz", la plupart de ces clichés provoquent des commentaires motivés par la sur-enchère autant que par la méconnaissance. Celà est d'autant plus absurde que ces images, sorties de leur contexte, n'apportent aucune argumentation technique et se heurtent la plupart du temps au regard acerbe des spécialistes. Encore faut-il prendre le temps d'éxaminer et d'analyser, ce qui est  totalement impensable pour la plupart des internautes zappeurs. Pourtant, à bien y regarder, on pourrait voir que telle photo est truquée, telle autre n'est pas photographiée en France, ou bien que des agents SNCF sont sur le site d'un "PN" en travaux.

Quant aux éventuels véritables "PN"  en détresse, c'est à dire en raté de fermeture et donc vraiment défectueux, les internautes photographes feraient mieux de se précipiter sur les téléphones d'urgence situés de chaque coté des voies au lieu de dégainer leur smartphone pour ensuite envoyer gratuitement leur clichés à "témoins@télédelahaine.com".

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Photo 408 : numéro d'alerte SNCF. Source : SNCF.

Au demeurant, on a la télé-poubelle et le net-dépotoir que l'on mérite.

En toute logique le drame de Millas aurait du rappeler à nous tous la prudence nécessaire au franchissement des passages à niveau. Au lieu de cela, la masse est indifférente au delà du flash télévisé, voire pire, se vautre dans la perversité photographique.

Un peu de décence bordel de merde !

Emmanuel

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