Épisode 49 - A l'évidence, à lire nos revues préférées, force est de constater que la plupart des modélistes disposent d'un budget bien supérieur au mien. Mais de là à critiquer les pratiquants à petits budgets, de surcroit dans les colonnes d'une revue spécialisée, sans doute un pas a-t-il été franchi dans le mépris. De tels propos ne peuvent rester sans réponse.

Dans le n°840 de Loco-Revue (juillet 2017), Daniel Marcilly s'est exprimé au sujet des prix dans la rubrique "Nos lecteurs nous écrivent". Dans un billet que je suppose publié en intégralité sous le titre "Effaré", l'auteur y déclare : "(...) Je suis en effet effaré de voir que des gens cherchent à gagner 10 ou 20 euros sur le prix d'une machine à plus de 200 euros et vont l'acheter par correspondance plutôt que chez le détaillant du coin. Ne croyez-vous pas que quand on a 200 euros à mettre dans du train miniature, on n'a pas 220 ou même 250 euros pour se faire plaisir ? Je crois vraiment que le soucis est ailleurs. En disant "c'est trop cher", ils justifient le fait de ne las acheter, sans doute de ne pas assumer leur plaisir ! Mais c'est une autre histoire ".

livre-d-or-2-violoniste-liza-kerob

La lecture de ce billet m'a quelque peu irrité tant il semble ignorer la réalité économique de certains modélistes. En effet, il suffit de parcourir les forums pour se rendre vite compte que beaucoup d'entre eux pratiquent leur hobby dans une situation financière tendue voire précaire. Entre les modélistes mineurs, les étudiants aux faibles revenus, les personnes en situation de handicap et j'en oublie, nombre d'entre-nous sommes obligés de composer avec un budget plus que contraint. Ce n'est pas un choix comme le laisse sous-entendre l'auteur, mais bien une réalité qui nous est imposée.

Alors, forcément, cela impacte directement nos options d'achats. Lorsqu'un distributeur allemand bien connu propose une locomotive avec un différentiel de 50 euros par rapport a un magasin parisien réputé, il n'y a pas photo, mon choix se portera sur le distributeur allemand, d'autant qu'en terme de délai de livraison, la différence est souvent en faveur du distributeur allemand. 

Pour quelle raison devrais-je payer plus cher ? Pour me déplacer dans une boutique où l'accueil est froid et à peine aimable ? Je ne peux même pas prétendre soutenir le "made in France" puisque tous nos modèles industriels sont fabriqués en Asie. Il est clair que certains détaillants privilégient leur marge. Les clients, eux, privilégient leur pouvoir d'achat.

50 euros, c'est quand même 300 de nos anciens francs. Ce n'est pas rien quand on perçoit une pension d'invalidité de seulement 900 euros. Et chacun assume son plaisir avec... les moyens dont il dispose. 

Les propos de l'auteur évoquent un autre problème : le "détaillant du coin".

Car si j'ai la chance d'habiter en région parisienne où quelques détaillants subsistent, c'est loin d'être le cas pour nos collègues modélistes de province qui doivent parfois parcourir une cinquantaine de bornes pour trouver un détaillant plus ou moins bien achalandé.  Et pour beaucoup d'entre eux, l'achat par correspondance n'est plus un choix mais une obligation. Et quitte à commander par internet, pourquoi se priver de bas prix proposés en Allemagne pour une qualité équivalente ?

Alors moi aussi je suis effaré... Effaré par le mépris de certains modélistes fortunés vis-a-vis de leurs collègues plus pauvres.

Emmanuel